
La Région autonome du Xinjiang est contrée natale du « Mukam ». Aux pieds de la chaîne de montagnes de Karakorum déferle la rivière Yarkant. Mais la rivière est surnommée « Dolan » par ses riverains. Ce sont des Ouighours qui vivent depuis des générations au bord de ce cours d'eau. Ils sont ainsi appelés les Dolan. Les chansons qu'ils interprètent s'appellent des « Dolan Mukam ».
« Mukam » est un mot arabe, qui veut dire modèle, ou rencontre. Il est issu de la culture des autochtones des territoires de l'Ouest et est profondément influencée par la culture islamique. C'est une forme d'art populaire alternant chant, danse, et musique.
Un Mukam est composé de 12 grandes formes. C'est une forme musicale particulière à la région, que les locaux essaient à tout prix de sauvegarder. C'est un art transmis de bouche à oreille au sein de la population locale. En décembre 2005, l'art du Mukam a été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

En 2008, lors de la 13ème concours national des jeunes chanteurs, retransmis par la Télévision Centrale de Chine, la CCTV, un groupe composé d'une dizaine d'agriculteurs du district de Markit au Xinjiang a remporté un succès inattendu auprès des téléspectateurs : «Nous sommes N° 3, groupe « Dolan Mukam ». Nous vous prions de nous soutenir. » «Chers Amis, le prix d'argent de la catégorie traditionnelle est attribué au groupe Dolan Mukam...»
Qui parle de Dolan Mukam parle de tradition. Car c'est la plus grande caractéristique de cette forme d'art. La quasi-totalité des musiques et des chansons sont issues de la steppe. Une culture naturelle, sobre et antique, qui fleure bon le terroir. Les Dolan y placent leur espoir en une vie plus belle, plus heureuse. Leur chant, tantôt rude, tantôt doux, tantôt passionné, tantôt mélodieux nous mène sur les steppes verdoyantes et étendues. Comme on entend chanter tout l'univers. Une musique aérienne qui nourrit notre cœur.
Peu de temps auparavant, notre correspondant s'est rendu dans le district de Markit. Plus précisément au village de A Er Lang ka du canton de Yang Ta Ke. A le voir en apparence, il n'a rien d'extraordinaire. La route en terre, les maisons en bois, les bosquets d'arbres et les champs de blé…mais dès qu'on entre dans le village, on entend chanter du Dolan Mukam...
« Je m'appelle Mamat, agriculteur du canton de Yang Ta Ke ».
« Je m'appelle Turdiyan, moi aussi, agriculteur de Yang Ta ke. »
« Je m'appelle Abdurexim Abdukerim, véritable agriculteur du canton de Yang Ta Ke. »

Ceux qui chantent sont bel et bien des agriculteurs locaux. Tous les jours ils travaillent dans le champ, et la terre s'attache à leur corps. Ils sont des artistes, ils prennent l'art comme leur vie. Leurs chansons portent sur un seul sujet, sur un mot, l'attachement.
On s'attache à la famille, aux amis, au pays, et à l'élu de son cœur bien sûr. On chante le chagrin d'amour et la nostalgie. Les Dolan mettent tous leurs sentiments dans la chanson, le bonheur ou le malheur, la joie ou la peine.
On dit que dans le canton Yang Ta Ke du district de Markit, on compte quelque deux cents artistes populaires qui sont capables de jouer et de chanter. Les deux frères jumeaux Yusan Yaya et Hassan Yaya sont les meilleurs. Ils sont aujourd'hui âgés de 69 ans. Lorsqu'ils étaient enfants, ils se mettaient à chanter à côté de leur père. Et maintenant, comme leurs fils et leurs petits fils, tout le monde sait chanter. Il y a quelques années, les deux frères étaient invités à chanter dans des pays étrangers, à Paris, à Berlin et à Tokyo. On écoute s'exprimer au micro de RCI Mutaliphe Mamat, directeur de la maison culturelle du canton de Yang Ta ke du district de Markit :

« Le Dolan Mukam est le mieux placé pour représenter l'art traditionnel. Car toutes les paroles sont transmises oralement, au sein de la population. On chante l'amour, la vie et le travail. Les frères Yaya font partie de la 6ème génération, et leurs fils, la 7ème. Lors du concours de chant à la CCTV, ils étaient tous présents. Quant à moi, je suis né dans les régions montagneuses. Notre culture de Dolan est pourtant connue de tout le pays, de toute la planète. Ça me fait grand plaisir. »
« La culture du Dolan » est née dans la région de Markit au 10ème siècle de notre ère. C'est une partie composante du patrimoine culturel des Ouighours, de la Nation chinoise. Un trésor sans prix. Elle subsiste jusqu'à nos jours, et elle n'est conservée que dans la région où vivent des Ouighours. Donc, sa mélodie n'est affectée par aucune autre musique.
Elle parvient donc à garder sa pureté, son goût original.
Tout à fait. Un parfum unique. On dit qu'au Xinjiang, beaucoup de gens, surtout les Dolan, dès qu'ils savent parler, ils savent chanter, et dès qu'ils savent marcher, ils savent danser. D'un enfant de deux ou trois ans à un septuagénaire, tout le monde peut prétendre d'être l'héritier de l'art de « Dolan Mukam ».

En vue de mieux protéger l'art de Dolan Mukam, le district de Markit ne ménage aucun effort, et ce depuis des années. D'un côté, on établit des dossiers pour les familles d'artistes, tout en s'efforçant d'améliorer leurs conditions de vie, et de l'autre, on affecte des sommes spéciales pour former de jeunes talents, des successeurs de cet art.
Avant, l'art du Dolan n'était transmis qu'aux hommes, pas aux femmes, comme le veut la tradition. Maintenant, les femmes sont acceptées. C'est avec leurs chants qu'elles prouvent qu'elles sont capables de chanter, qu'elles aiment cet art autant que les hommes.
L'art de Dolan est aujourd'hui imprégné dans le sang des Dolan, les encourage à sortir du fin fond de la chaîne de montagne de Karakorum et à se joindre au monde extérieur.